Cosmic Riders, ou le survol des Cieux de l’Europe …
Par Ricou le mercredi, septembre 19 2007, 11:48 - Vol Libre - Lien permanent
À peine arrivée au Pays des Montagnes Heureuses, Valérie (la passagère du Dieu Vivant) réalise le vol mythique !
Chouchoutée & escortée d'Ozone's Boys (1) dans cette escapade, elle nous offre son (long et beau) récit, partage ses émotions et nous livre sa joie.
Bref, Valérie sera, à coup sûr, une recrue de choix pour les Zéléphs.
Toutefois, il lui faudra satisfaire aux incontournables critères pour rejoindre le troupeau ... pas de passe-droit, nom d'une trompe !
Bonne lecture ...
Il y a 20 ans, une fillette en vacances montait en famille, comme des milliers de touristes, à l’aiguille du midi, en tennis, pantalon d’été et KWay. L’univers de la haute montagne, la réalité de perdre 0,6°C tous les 100m, de vivre brusquement avec 30°C de moins qu’en vallée la saisirent de plein fouet.
Il y a 10 ans, une cordée de 3 personnes, menée par un passionné de montagne, arrivait, le souffle court, au sommet du Mont Blanc du Tacul, comme des dizaines d’autres ce jour là.
En septembre 2007, aidée de compagnons de cordée exceptionnels, une ménagère de moins de cinquante ans décolle du Tacul et, le lendemain, s’élance du Toit de l’Europe pour une glissade de 3800 m …
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Début septembre 2007, Jérôme nous envoie un message, après un épisode météo venteux tempétueux en haute altitude ...
Bonne prévision sur le mont blanc mercredi/jeudi/vendredi avec beau temps, belle trace, baisse du vent à toutes les altitudes.
Samedi un pilote était en l’air vers 7h45 du mat’ du sommet. Un autre aurait décollé plus tard mais avec de l’assistance. Les autres sont partis du Maudit et du Tacul…
Le plan serait de monter mercredi matin (12/9/7) pour arriver pas trop tard à Cham , prendre une benne pour l’Aiguille. Si on a le temps on fait un petit vol du Tacul et on pose aux Cosmiques pour le hâchis Parmentier. On dort sur place pour tenter le vol du sommet du Mont Blanc jeudi matin (13/9/7) puis retour sur Nice dans l’après midi…
Je flotte à la lecture de ces quelques lignes…peut être suis-je à J moins 3 de réaliser un de mes rêves ?
Rendez vous à 14h à la benne du téléphérique de l’Aiguille du Midi. Jérôme, Thierry, David et moi sommes synchros à la minute près.
14h30, la benne nous emporte déjà à 3842m. A 15h30 nous entamons, équipés, la descente vers le glacier, le long de l’arête étroite et blanche, après avoir échangé quelques sourires avec un sympathique groupe de Martiniquais, ébahis d’être quelques 2400m plus haut que la Montagne Pelée…
A 16h30 débute une petite discussion au pied du Tacul...il y a 700 m de dénivelée pour en décoller. Si on met 2h pour monter, qu’on décolle, on sera à l’heure pour la soupe au refuge des Cosmiques, si on commence à monter, c’est pour décoller, pas question de descendre à pieds. Oui, mais… notre objectif c’est le Sommet demain : dans 12h, serait-on capable d’enchaîner la deuxième course, sans être « dézingués » ? Et puis, on n’a pas de Tshirt de rechange, mais de toute façon, ce soir, les lits du refuge ne vont pas sentir la rose en fin de saison et j’ai plein de lingettes à distribuer ;o)
Jérôme est gonflé à bloc, nous tentons la montée en plein soleil et douceur estivale. La neige est molle, et, périodiquement, nous voyons des parapentes arriver bien haut au dessus de nous : aujourd’hui ça décolle du Mont Blanc ! (Jusqu’à 18h30 passées). Il y a 2 rimées à franchir et 2 ou 3 ponts de neige sur des crevasses. Nous mettons 1h45 pour avaler ces quelques centaines de mètres qui nous séparent de l’extase, baignés des lumières du couchant. La pente du décollage (vers 4150 m) est idéale, le vent aussi, pour que je teste l’UltraLite Ozone de 19 m2 que Jérôme me prête. C’est un jouet d’enfant : l’aile gonfle toute seule, sans surprise. Après quelques pas dans la poudreuse, elle me porte dans cet air de haute altitude, frais et peu dense. Le vol est magique mais bref. Nous posons tous à la porte du Refuge des Cosmiques, juste à l’heure de se mettre à table. Ce vol, c’est toujours cela de pris!
Dodo vers 21h30, lever à 3h pour le petit déjeuner, après une nuit chaotique pour mes compagnons, tandis que, pour une fois, mon sommeil est de plomb : contrôler l’excitation est primordial pour réussir ce rêve…
Le bon conseil de Jérôme : en refuge, éviter de dormir à coté d’une Autrichienne qui emballe toutes ses affaires dans des sacs et n’arrête pas d’y fouiller pour retrouver la bricole qu’elle ne sait plus où elle l’a rangée ;o)
Il est 4h15, sans clair de Lune, sous les étoiles, dans la noirceur du ciel, la glace est pâle. Devant nous, sur la trace du Tacul, se détache une petite procession de lucioles, et tout en bas dans la vallée, les lumières de Sallanches et Chamonix scintillent, telles de la lave en fusion.
Thierry et David, encordés, entament la course à leur rythme (soutenu).
Ayant oublié les piles pour la frontale, je marche concentrée dans les pas de Jérôme, forçant mes yeux à distinguer l’ombre portée dans les creux des empreintes. Nous apprécions que la nuit masque le paysage, la rimée et la dénivelée que nous avions déjà découverts hier. C’est agréable de n’entendre que le crissement des crampons sur la neige dure et les grincements des piolets, agréable de respirer là. Jérôme pourrait avancer bien plus vite, mais il se cale gentiment sur mon allure, et nous buvons régulièrement.
Nous franchissons l’épaule du Tacul, puis avançons vers le Mont Maudit, qui porte bien son nom. A ce moment, nous ressentons une assez forte brise, glacée. C’est la demie heure la plus froide de la journée, juste avant le lever du soleil. Vers 6h30, le soleil point.
Au milieu du mur du Mont Maudit, Jérôme se mousquetonne à un point d’ancrage sur un rocher, puis je le rejoins et y accroche un mousqueton. Nous poursuivons ainsi sur quelques dizaines de mètres, nos corps en alerte, avec précaution : même s’il y a des marches sur cette trace, et que le piolet enfoncé dans la glace nous assure un bon ancrage, la moindre erreur serait fatale à tous les deux, vu la verticalité de la pente.
A 7h20, nous foulons l’arrête sommitale, avec une pensée pour Philou qui se dépêche, 4500m plus bas dans une vallée, de préparer les enfants, de les déposer chez la nounou ou à l’école pour être à 8 h à son travail…
A 8h20, nous avalons la dernière bosse, qui nous sépare du Toit de l’Europe.
Les pensées vont et viennent dans nos têtes, éthérées, furtives, immatérielles. L’altitude ne nous cause pas de douleur, elle nous ralentit juste un peu. Mais, tels des Terminators programmés pour avaler du dénivelé, nous mettons un pas devant l’autre, sans nous poser de question, oubliant la charge sur notre dos,et dépassons les cordées parties plus tôt.
Il est 9h passées, après le silence envoûtant de la montée par la voie des Cosmiques, nous prenons un petit bain de foule au Sommet, arrivant principalement du côté du Goûter. Vision surréaliste d’un Jacuzzi, et de grandes bouteilles de gaz, installées au sommet avec une dizaine de personnes en maillot de bain : Est ce une expérience scientifique ?
Le Cervin, le Breithorn, les Aravis, la ligne du Jura, les Ecrins, la Vanoise, tous les reliefs se distinguent sur une distance à l’infini…La vue est dégagée sur 360° au-dessus d’une mer de nuages. Les avions de ligne passent sur nos têtes en vrombissant, le ciel au dessus de nous est d’un bleu profond.
Thierry et David sont montés en 4h30, Jérôme, calé sur moi, en 5h.
Nous ne profitons pas très longtemps du sommet, car il faut gérer un autre souci. Météo France et Meteoblue.com sont une fois de plus très performants et ont vu juste.
Le vent au sommet est travers modéré, il vient du Sud Ouest et nous empêche de décoller sereinement. David descendu un peu en bas, vers le Goûter, ouvre le bal ; puis Jérôme tente et réussit le décollage de 4807m. Thierry et moi redescendons un peu, sur le premier replat décollable en Ouest, pour déplier la voile. Nous aurions bien aimé que les modèles se trompent et que le vent soit Nord Ouest faible…
Mais c’est sans importance, nous avons atteint notre but, et pouvoir décoller est déjà une sacrée cerise sur le gâteau.
Sur la pente, l’effet Venturi marqué, souffle nos deux voiles dans tous les sens. La mienne se cravate, puis me tire sur 2 mètres alors que j’essaie de m’installer dans la sellette. Thierry me tient alors les commandes, tout en gérant sa propre voile, et j’essaie de me dépêcher pour m’harnacher. Tirée, alors que je résiste, je regarde les élévateurs : Thierry a lâché mes freins ! Heureusement, l’Ultra Lite, de surface 19m2, se met seule au dessus de ma tête, et je n’ai qu’à attendre pour saisir les commandes et décoller. Thierry bataille un peu avec sa voile, puis nous rejoint.
A l’atterrissage, Jérôme et David nous expliquent que dans ces conditions, ils s’attachent toujours dans la sellette avant de déplier la voile, et gèrent les tours de sellette une fois équipés.
C’est reparti pour l’extase, The Same Player Shoot Again !
Nous glissons paisiblement dans l’air calme alpin, survolons les séracs du Glacier des Bossons, planons haut au dessus de l’Aiguille du Midi, longeons les aiguilles de Chamonix, et nous engouffrons dans la Mer de Glace. Des voiles viennent de décoller de dessous l’Aiguille et je suis rassurée de les voir voler sans encombres : à 3900m le vent de Sud Ouest est inexistant, elles ne sont pas sous le vent. La longue Mer de Glace, fine langue striée de nuances grises ou bleu pale, s’étire sous nos pieds. Adolescente, je la trouvai sale la première fois que je la vis, elle ne portait pas du tout bien son nom…20 ans après, vue d’en l’air, malgré la fonte des glaces et le recul des glaciers, elle apparaît imposante, dégoulinante, déversant moraines et séracs dans la vallée.
La température indienne de la masse d’air de moyenne montagne nous réchauffe en douceur. Nous posons à Chamonix, au Bois du Bouchet, sans aucune turbulence. Des visages souriants nous accueillent, ça plane encore dans nos petites têtes…
Encore un des « plus beaux jours de ma vie » : ça y est, voici un rêve de plus qui s’est réalisé !
De tout coeur merci David, Jérôme et Thierry. C’est grâce à vos conceptions, essais, enseignements, passion de montagne que des amateurs comme moi peuvent vivre de pareils voyages.
J’y retourne quand vous voulez !
Valérie

























Commentaires
Notre Valérie n'était pas une Flying Nénette pour rien... Elle a quitté le Sud pour le Nord, c'était pas pour rester à faire des petits sommets à 2500 ! Bravo Valérie, tu fais honneur à ton ex-club et les flying Nénettes à qui tu manques déjà !